Ma mère tira de sa robe une chaînette de cuivre rongée de vert-de-gris et me la tendit :
- Ajoute ceci à tes merveilles, me dit-elle.
Je décidai de la nettoyer. Je savais transformer le cuivre en or pur. Ma chaîne se changea en bijou d'or, et les plus humbles de mes boutons et de mes clous se muèrent en joyaux.
Le chat de Zineb ronronna contre moi. Je lui fis un collier de ma chaîne d'or. Il essaya de l'arracher, se mit en colère, s'affola et partit en flèche, la queue hérissée. Le maudit chat s'usait les griffes à grimper le long d'un mur d'une hauteur vertigineuse.
Je me précipitai sur Zineb. Je lui enfonçai les ongles dans les joues. Elle se défendit, la brute, me tira les oreilles, me renversa par terre. Ma mère me maîtrisa et m'intima l'ordre de me coucher.
| Titre | Auteur | Genre | Date |
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| La Boîte à merveilles | Ahmed Sefrioui | Roman autobiographique | 1954 |
Ce passage se situe après la mort de Sidi Mohammed ben Taher, le coiffeur du quartier.
a) Les objets de sa Boîte à Merveilles (boutons, clous, billes…).
b) Ce sont ses trésors et ses « seuls amis » : ils le consolent et nourrissent son imagination.
La fierté, la colère et l'inquiétude (la peur).
Il croit que Zineb a chargé le chat de venir l'amadouer pour lui voler son plus beau bijou.
« le maudit chat » ; « ce démon quadrupède » (la queue hérissée, il « crachait des menaces »).
« Je lui enfonçai les ongles dans les joues… » et « Elle se défendit, la brute, me tira les oreilles, me renversa par terre ».
Une hyperbole.
La peur (la panique) du chat.
Plutôt non : d'ordinaire, Sidi Mohammed est un enfant doux, rêveur et solitaire ; cette violence soudaine est exceptionnelle, provoquée par la perte de son trésor.
On peut y voir une part de lui : il est aussi sensible et émotif à l'excès ; privé de son bien le plus cher, il se laisse emporter par la colère.