Les juges, au fond de la salle, avaient l'air satisfait, probablement de la joie d'avoir bientôt fini. Le visage du président, doucement éclairé par le reflet d'une vitre, avait quelque chose de calme et de bon, et un jeune assesseur causait presque gaiement en chiffonnant son rabat avec une jolie dame en chapeau rose, placée par faveur derrière lui.
Les jurés seuls paraissaient blêmes et abattus, mais c'était apparemment de fatigue d'avoir veillé toute la nuit. Quelques-uns bâillaient. Rien, dans leur contenance, n'annonçait des hommes qui viennent de porter une sentence de mort, et sur les figures de ces bons bourgeois je ne devinais qu'une grande envie de dormir.
En face de moi, une fenêtre était toute grande ouverte. J'entendais rire sur le quai des marchandes de fleurs ; et, au bord de la croisée, une jolie petite plante jaune, toute pénétrée d'un rayon de soleil, jouait avec le vent dans une fente de la pierre.
Comment une idée sinistre aurait-elle pu poindre parmi tant de gracieuses sensations ? Inondé d'air et de soleil, il me fut impossible de penser à autre chose qu'à la liberté ; l'espérance vint rayonner en moi comme le jour autour de moi ; et, confiant, j'attendis ma sentence comme on attend la délivrance et la vie.
Cependant mon avocat arriva. On l'attendait. Il venait de déjeuner copieusement et de bon appétit.
Parvenu à sa place, il se pencha vers moi avec un sourire.
- J'espère, me dit-il.
- N'est-ce pas ? répondis-je, léger et souriant aussi.
-Oui, reprit-il ; je ne sais rien encore de leur déclaration, mais ils auront sans doute écarté la préméditation, et alors ce ne sera que les travaux forcés à perpétuité.
- Que dites-vous là, monsieur ? répliquai-je, indigné ; plutôt cent fois la mort ! Oui, la mort !
- Et d'ailleurs, me répétait je ne sais quelle voix intérieure, qu'est-ce que je risque à dire cela ? A-t-on jamais prononcé sentence de mort autrement qu'à minuit, aux flambeaux, dans une salle sombre et noire, et par une froide nuit de pluie et d'hiver ? Mais au mois d'août, à huit heures du matin, un si beau jour, ces bons jurés, c'est impossible ! Et mes yeux revenaient se fixer sur la jolie fleur jaune au soleil.
(Choisir parmi : 1750, 1802, 1860, 1885, à Besançon, à Paris…)
Victor Hugo est né en 1802 à Besançon. Une autre œuvre : « Les Misérables ». Il est mort en 1885 à Paris.
a) Non, il n'avait pas peur : il était plein d'espoir.
b) Il le dit lui-même : « j'attendis ma sentence comme on attend la délivrance et la vie ».
Le roman ne dit jamais clairement son crime. On sait seulement qu'il a commis un crime de sang (un meurtre) puni de mort. Hugo le fait exprès pour qu'on s'intéresse à l'homme, pas au crime.
Ils se passent un matin du mois d'août (« au mois d'août, à huit heures du matin »), le jour du verdict.
a) Par exemple : « fleurs », « plante », « soleil », « vent ».
b) Il est associé au thème de la vie et de la liberté.
« j'attendis ma sentence comme on attend la délivrance et la vie ».
Le narrateur est condamné à mort.
a) L'espoir et l'indignation.
b) L'espoir vient du beau temps et du calme des juges ; l'indignation vient des paroles de l'avocat, qui parle de travaux forcés à perpétuité.
| Les personnages | Ce qui les caractérise |
|---|---|
| Les juges | |
| Le président | |
| Les jurés |
| Les personnages | Ce qui les caractérise |
|---|---|
| Les juges | Ont l'air satisfait, calmes |
| Le président | Le visage calme et bon |
| Les jurés | Blêmes et abattus, fatigués (ils bâillent) |
b) Ils sont décrits ainsi pour montrer leur indifférence : ils vont condamner un homme à mort sans émotion, comme une tâche ordinaire.
À mon avis, l'avocat ne prend pas son rôle au sérieux : il a bien mangé, il parle avec légèreté et il se contente des travaux forcés à perpétuité. Il ne semble pas vraiment se soucier du sort de son client.