Mon père se souvint avoir été à un moment de sa jeunesse dans l'atelier de l'un de ses oncles maternels, tisserand de couvertures. Il s'acheta donc un minimum de matériel, loua un coin dans un atelier et s'installa tisserand. Il faisait honnêtement son travail, améliorait de jour en jour sa production. Bientôt, ses articles furent très disputés et le ménage jouit d'un certain confort. Mon père avait un vieil ouvrier avec lui sur le métier ; Driss le teigneux garnissait les canettes et faisait les commissions.
Driss venait deux fois par jour à la maison : le matin acheter les provisions et au milieu du jour chercher le déjeuner de son patron. Mon père mangeait à l'atelier. Il venait seulement le soir après la dernière prière. Le vendredi faisait exception : ce jour-là, il allait à la Mosquée pour la grande prière et nous déjeunions en famille.
Driss revint chargé de son lourd panier. La viande avait bon aspect et le vert des cosses de fèves faisait saliver abondamment. Le couffin contenait, outre de l'ail, du persil et quantité de petits paquets d'épices. Nous avions de l'huile, du charbon et de la farine pour tout le mois.
Quand ma mère parlait de « l'œil des envieux », elle pensait sûrement à ces richesses. Les voisines moins fortunées nous jalousaient un peu.
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| La Boîte à merveilles | Ahmed Sefrioui | Roman autobiographique | 1954 |
a) Dans un village de montagne, à une cinquantaine de kilomètres de la grande ville.
b) Fès.
a) Il avait travaillé comme tisserand de couvertures dans l'atelier de son oncle maternel.
b) « ses articles furent très disputés et le ménage jouit d'un certain confort ».
a) L'apprenti et coursier du père (il garnissait les canettes au métier).
b) Acheter les provisions le matin ; apporter le déjeuner du patron à midi.
« viande », « fèves », « ail », « persil » (aussi « huile », « farine », « épices »).
À cause de son aisance matérielle : les provisions abondantes (viande, huile, charbon et farine « pour tout le mois ») suscitaient « l'œil des envieux ».
Une énumération.
« Bientôt ses articles furent très disputés, si bien que le ménage jouit d'un certain confort. » (ou « … de sorte que le ménage jouit… »).
On peut comprendre cette croyance : très répandue, elle traduit la crainte sincère de la jalousie d'autrui et invite à la discrétion sur ce que l'on possède.
Je n'y adhère pas : « l'œil des envieux » relève de la superstition. La réussite ou les ennuis s'expliquent par des causes réelles, non par le mauvais œil.
Un peu : s'intéresser aux autres aide à les comprendre, à les soutenir au bon moment et à entretenir des liens de solidarité.
Non : vouloir tout savoir sur la vie d'autrui vire vite à l'indiscrétion et au commérage. Chacun a droit à son intimité.